Jean-Yves LE DEAUT intervient chaque mercredi à 19h15 à Sciences Po Paris pendant le deuxième semestre 2009, dans le cadre d'un séminaire sur
"Les grands enjeux scientifiques du début du XXIème siècle".
Retrouvez chaque semaine ses interventions publiées dans son blog.
"Les grands enjeux scientifiques du début du XXIème siècle".
Retrouvez chaque semaine ses interventions publiées dans son blog.
Les grands succès industriels dans les domaines de l’aéronautique, de l’espace ou du nucléaire ont été préparés dans les années 1960 à 1970 grâce à une politique volontariste de l’Etat. Au début du XXIème siècle, la France et l’Europe sont-elles armées pour relever les défis du futur ?
La science doit occuper une place prioritaire dans un pays moderne. Mais la recherche de haut niveau, moteur de l’innovation, s’inscrit dans le long terme, alors que les responsables politiques aiment récolter rapidement les dividendes de leur action. C’est sans doute ce qui explique que la recherche, en dehors de la période Gaullienne et du début de la période Mitterrandienne, n’ait pas été considérée comme prioritaire en France. Les élites nationales sont davantage formées à l’administration publique et à l’analyse des tableaux de bord macroéconomiques qu’à une réflexion sur l’intérêt du développement de la société de la connaissance.
Le principe de précaution, qu’il était indispensable d’inscrire dans la Constitution, est développé dans le séminaire animé au premier semestre par Laurence TUBIANA. Son application sans discernement a malheureusement conduit trop fréquemment à porter sur la science un regard à priori suspicieux au lieu de la considérer comme un facteur de progrès économique et social.
Le soutien à une société de la connaissance et du savoir doit être l’élément fondateur du principe de progrès, progrès pour l’émancipation des peuples et des cultures, progrès pour la sauvegarde de l’environnement et le développement durable, progrès pour l’emploi et la santé de nos concitoyens. Mais le progrès doit être maîtrisé.
En effet, le progrès n’est plus perçu comme une donnée obligée, héritée de la philosophie des lumières, ni comme outil indiscutable de lutte contre le conservatisme, la pauvreté et les inégalités. ll faut d’ailleurs admettre que le progrès n’a pas bénéficié équitablement à toute l’humanité, puisque deux milliards d’individus n’ont accès ni à l’autosuffisance alimentaire, ni à des besoins minimaux en énergie, ni aux bienfaits de la médecine ou des médicaments.
Le progrès est de ce fait perçu comme ambivalent, source de mieux-être, mais également, générateur de déchirures sociales, environnementales ou économiques.
Nos compatriotes demandent instamment aux responsables politiques de préparer l’avenir. “ Le cahier des charges ” exigé par nos concitoyens est ambitieux. La science doit leur permettre de faire avancer les connaissances, de mieux comprendre les faits sociaux et culturels, de mieux appréhender le monde dans lequel ils vivent, de créer des emplois tout en les protégeant des crises sanitaires, financières ou économiques, tout en préservant la planète sur laquelle nous vivons. Sans que les responsables politiques en aient forcément pris conscience, la science a pris une place majeure dans la vie démocratique. Elle doit donc trouver une place plus importante dans la vie politique. Pour cela, il est indispensable de réconcilier science, éthique et société.
A travers ces interrogations, le séminaire « Grands enjeux scientifiques » pose la question du principe de « progrès maîtrisé ». Seront abordés plusieurs problèmes majeurs auxquels nos sociétés développées sont confrontées. Nos modèles de développement sont-ils compatibles avec l’environnement de la planète ? Pouvons-nous continuer à gaspiller des énergies fossiles qui seront totalement épuisées dans trois siècles ? Pourra-t-on continuer à prôner la croissance pour quelques pays nantis sans nous soucier des pays du Sud ? Faut-il prôner la décroissance, et dans le cas où nous ne le penserions pas, quels seront demain, les vrais moteurs d’une croissance acceptée ? Le séminaire s’appuiera également sur l’actualité scientifique et politique récente. Les tests ADN pour les étrangers candidats au regroupement familial sont-ils utiles et acceptables ? Quel bilan peut-on tirer du processus mis en place par le Grenelle de l’environnement et quelle analyse peut-on tirer de ses résultats ? La loi sur les OGM répond-elle aux questions posées par nos concitoyens ? L’essor des biocarburants va-t-il dans le sens du développement durable ?
Le séminaire se propose de dresser l’état des lieux dans quatre grandes technologies clés : les biotechnologies, les nanotechnologies, les technologies de l’information et de la communication, les écotechnologies, et de discuter les questions éthiques que pose le développement de ces technologies. L’objectif de ce séminaire est donc de sensibiliser les étudiants aux grands enjeux scientifiques, de détailler les principales avancées, de les rendre plus compréhensibles, de faire le point sur les controverses que suscitent les avancées de la science, et sur les réponses politiques apportées par les directives européennes et les lois nationales.
L’animateur du séminaire : Jean-Yves LE DÉAUT, qui s’est spécialisé dans les questions de recherche, de technologie et d’innovation. Il a été Président et Vice-Président de l’L'office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST) depuis 1986.
La série de conférences à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, s’appuie sur les travaux de l' OPECST qui a fait un travail important sur les recensements des enjeux du développement de la science. Cette série de conférences sera donnée à deux voix. Dans les années passées, se sont exprimés des parlementaires spécialisés dans les questions scientifiques et techniques , comme Claude BIRRAUX (questions énergétiques), Valérie PECRESSE ou Alain CLAEYS (Bioéthique), Yves COCHET (Energie), Christian PAUL (Société de l’Information), Marie-Christine BLANDIN (Pollutions intérieures), Jean DIONS DU SEJOUR (Propriété intellectuelle), Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET (Changement climatique), ou encore des scientifiques et des experts internationalement reconnus comme Axel KAHN (Biotechnologies), Jean JOUZEL (Climat), Michèle PAPPALARDO (Développement durable), Martin HIRSCH (Expertise scientifique), Jean-Louis BEFFA (Application des directives européennes). Ces conférences ont pour objectif de permettre aux étudiants de mieux appréhender l’intérêt de la technologie, mais aussi les questions économiques et sociales et donc politiques et juridiques qu’elles soulèvent.















