SEANCE PLENIERE DU 26 JUIN 2009
Situation économique et sociale de la Lorraine
Rapport introductif de Jean-Yves LE DEAUT
Monsieur le Président, mes chers collègues,
Lors d'un récent Exécutif, vous avez décidé de convoquer une séance spéciale de l'Assemblée Régionale consacrée à la situation économique et sociale de la Lorraine.
Vous m'avez demandé d'élaborer ce rapport introductif. Je l'ai rédigé en m'appuyant sur le travail régulier du Conseil Economique et Social qui publie un tableau de bord mensuel consacré aux grands indicateurs économiques et sociaux et qui, de manière permanente, analyse et propose des solutions. J'ai, en premier lieu, rencontré Roger CAYZELLE, son Président, accompagné de Gilbert KRAUSENER, chargé des questions économiques.
J'ai également rencontré toutes les organisations syndicales et patronales de la Lorraine.
J'ai été accompagné, pour certaines d'entre elles, par Patrick ABATE et
par Laurence DEMONET sur les problèmes de formation, de Jacques SANS,
Directeur Général des Services, ainsi que des représentants de la
Mission du Développement Economique et de la Mission Apprentissage,
Formation, Insertion, Transition et Education.
J'ai voulu m'appuyer sur ces auditions pour, à la fois, décrire la
situation économique et sociale, mais aussi, évaluer la pertinence des
outils anti-crise mis en œuvre par l'Etat ou par notre collectivité.
J'ai essayé mais aussi tenté de proposer des solutions pour que les
entreprises et les salariés traversent le mieux possible l'année 2009,
mais au-delà que le Conseil Régional de Lorraine prépare l'avenir.
Ce rapport vous a été distribué et je voudrais ici le résumer.
Cette crise est sans précédent. Elle est plus grave en intensité que
celles qui ont précédé dans les années 70 ou début 2000. Elle a
commencé aux Etats-Unis par les "subprimes" qui ont gravement touché 40
millions d'Américains. On s'est rendu compte que les flux de la finance
mondiale ont entraîné, comme des dominos qui tombent, les banques dont
certaines ont fait faillite, les bourses puis les entreprises donc les
échanges et les marchés. Cette crise, au départ virtuelle et
financière, est vite devenue une crise économique. Elle est ensuite
devenue sociale. Il semble que les pouvoirs publics n'ont pas pris la
mesure de la catastrophe.
Le Conseil Economique et Social symbolise cette inefficacité relative
du plan de relance national en notant que "l'Etat utilise un arrosoir
pour éteindre un incendie".
J'évoque très succinctement l'analyse au niveau national mais c'est
bien sûr tout notre pays qui est touché puisque le PIB a chuté de 1,5 %
avec un recul important de la prévision industrielle. Les promesses de
Madame la Ministre LAGARDE faites il y a moins d'un an indiquant "qu'on
ne passera jamais en dessous des 2 % de croissance" sont maintenant
très lointaines.
Mais ce qui frappe les organisations syndicales, c'est que la Lorraine
est plus frappée que les autres par la crise et que des
restructurations successives la fragilisent davantage.
Entre 2002 et 2008, c'est-à-dire avant la crise, les restructurations
industrielles ont entraîné 29 000 suppressions d'emplois, ce qui
correspond à 7 % des pertes industrielles nationales. La Lorraine est
caractérisée par une culture industrielle historique (sidérurgie,
industrie mécanique, textile, automobile, chimie lourde). Elle a subi
de manière beaucoup plus forte et de manière beaucoup plus précoce la
crise, à laquelle il faut ajouter les restructurations militaires, qui
sont un mauvais coup porté à la Lorraine au plus mauvais moment. 8 000
pertes d'emplois qui ne sont aujourd'hui, bien sûr, pas compensées.
Mais ce qui provoque chez nous une certaine forme d'abattement, c'est
que ce processus de délitement continue. Hier encore, un responsable
d'ARKEMA nous annonçait qu'une des filières amont de la plate-forme de
Carling, la filière méthacrylate allait être supprimée. C'est 160
emplois supplémentaires qui s'ajoutent déjà à la longue liste que nous
avons connue : ARCELOR-MITTAL à Gandrange, KLEBER MICHELIN à Toul,
TOTAL PETROCHEMICAL à Carling, PHILIPS à Pont-à-Mousson… Lundi dernier,
je recevais à la Région Lorraine, les salariés de TDF à qui on venait
d'annoncer un plan de suppression de100 emplois en Lorraine dont 80 à
Metz
Le taux de chômage de la Région Lorraine n'a cessé d'augmenter depuis
le début de l'année 2008 où il s'élevait à 8,1 %, au-dessus du niveau
national. Il était déjà fin 2008 à cette époque de 8,9 % pour les
Vosges et de 8,6 % pour la Meuse. A ce rythme, il pourrait dépasser les
10 % de chômage en fin d'année. Aujourd'hui, en pleine crise, 120
personnes nouvelles se présentent chaque jour au Pôle Emploi, qui
explose. Il faut se poser la question s'il est opportun de regrouper
dans cette période de crise l'ANPE et l'ASSEDIC. La Lorraine a déjà
dépassé les 120 000 demandeurs d'emplois. Le recours à l'intérim s'est
raréfié et devient même inexistant dans certains secteurs comme la
sous-traitance. Les demandes de chômage partiel sont de plus en plus
élevées, les contrats à durée déterminée ne sont pas reconduits ; en 1
an les offres d'emploi ont baissé de
36,1 %. Cette situation difficile de l'emploi se conjugue à un
ralentissement de l'emploi transfrontalier. Le Luxembourg est lui aussi
touché par la crise et les salariés qui y travaillaient ont du mal à
toucher en temps et en heure les indemnités auxquelles ils peuvent
prétendre.
Enfin, cette augmentation du chômage touche plus particulièrement les
jeunes, car c'est une des barrières d'ajustement des entreprises et
l'entrée dans le monde professionnel est sans cesse reculée et les
jeunes rejetés à la périphérie de la vie économique et sociale.
2 000 jeunes sortent chaque année du système éducatif sans formation en
Lorraine et la situation, malheureusement, ne fera que s'aggraver
malgré le travail excellent que font les missions locales pour l'emploi
des jeunes.
Tous les indicateurs sociaux confirment la dégradation de vie des
Lorrains ; ainsi ceux qui touchent le RMI augmentent comme les dossiers
de surendettement, les candidats à la carte spéciale métrolor qui donne
une tarification préférentielle aux personnes de faibles ressources
augmentent de manière exponentielle.
Toutes les filières sont touchées, l'évolution dans la sidérurgie est
inquiétante, la pétrochimie en Moselle Est est menacée par les
installations en bord de mer, sur la Manche ou la Méditerranée, les
restructurations et les concentrations dans la filière agroalimentaire
se font dans l'Ouest de la France. Le pire dans la suppression d'une
nouvelle filière ARKEMA à Carling, est que même le centre de recherche
est touché, 30 emplois supprimés. Alors que des promesses de
reconversion vers la chimie verte avaient été formulées, ces
investissements seront renvoyés aux calendes grecques. Il y a plus d'un
an, l'automobile est frappée de plein fouet et les annonces de
spécialisation de véhicule électrique en Haute-Normandie pour tempérer
la fermeture de Sandouville ne seront pas sans conséquences pour les
usines de fabrication comme celles de la SOVAB à Batilly. Oui, trois
fois oui à la voiture propre mais les constructeurs en ont-ils la
volonté ? Si notre choix politique est d'aller vers des véhicules plus
propres, mais que la fabrication de ceux-ci se fait dans d'autres
régions, c'est toute la filière automobile lorraine qui sera menacée.
Cette crise, je le disais, sans précédent, en Lorraine, c'est chaque secteur d'activité, chaque territoire qui est concerné.
Nous ne sommes pas restés inactifs devant ce tsunami économique et
avons pris le taureau par les cornes dès que le Président de la
République a fait son annonce sur les restructurations militaires.
Nous étions parvenus à un consensus sur les réponses à apporter et
avons rendu un document adopté à l'unanimité au Préfet Blanc chargé de
trouver des solutions à moyen terme pour la Lorraine.
Mais ce Plan Blanc du Gouvernement est un peu l'Arlésienne. Les
propositions ont été faites il y a 6 mois et le rapport Blanc se couvre
de poussière dans un coffre-fort à Matignon. Il y a un véritable
décalage entre les discours et les actes mais les Lorrains sont obligés
de constater que les décisions de fermeture, les réunions de comité
central d'entreprises sont malheureusement réelles alors que les
remèdes et les vitamines qu'il faudrait injecter restent totalement
virtuels.
Nous nous sommes ensuite mobilisés contre la crise dès le budget 2009.
Les coups de pouce que nous avons mis en œuvre, en quelque sorte notre
plan de relance régional ont bien sûr eu un effet positif, et je
voudrais y revenir. Près de 70 millions d'euros y sont consacrés. C'est
énorme par rapport à notre budget. C'est l'équivalent de 100 milliards
injectés dans l'économie par l'Etat. C'est précisément l'effort qui a
été fait par notre voisin allemand en incluant le pouvoir d'achat dans
ses objectifs. Nous avons joué le jeu avec l'Etat lorsqu'il a octroyé
des crédits pour relancer le Bâtiment et les Travaux Publics et nous
avons injecté 1 € quand l'Etat mettait 1 €. Nous avons immédiatement
répondu présent sur tous ces dossiers.
Lors du budget 2009, nous avons créé un fonds conjoncturel de 10
millions d'euros qui nous permet d'être réactifs face aux difficultés
des entreprises. Ce fonds a permis de mettre en place le dispositif
lorrain d'accompagnement, le DILA, qui permet d'aller à la rencontre
des entreprises, d'identifier leurs besoins et qui peut induire une
intervention financière du Conseil Régional de Lorraine ou diriger ces
entreprises vers le médiateur de la Banque de France lorsqu'elles
rencontrent des difficultés de trésorerie ou d'accès au crédit
bancaire. Mais, je le dirai tout à l'heure il faut aller plus loin dans
le soutien à la trésorerie des entreprises en difficulté.
Nous avons injecté 2 millions d'euros dans le plan scierie, soutenu les
PME et notamment la filière mécanique et matériaux en Lorraine en
augmentant les fonds propres de l'Institution Lorrain de Participation
et en ne participant à la constitution du Fonds Lorrains des Matériaux
doté par ARCELOR, par l'ILP, la CDC et la Région Lorraine.
Nous venons de créer l'Agence de Mobilisation Economique que nous
avions demandée dans le Plan Blanc mais dont nous avons anticipé la
création sans plus attendre pour détecter et soutenir des programmes
collaboratifs de recherche dans les points forts de l'économie
régionale. Le CES nous a fait remarquer que les dispositifs mis en
place étaient innovants et porteurs que l'Etat s'en était largement
inspiré comme par exemple dans le cas du FRIL il l'avait développé dans
d'autres régions. Presque toutes les organisations syndicales ont
souligné que ces actions régionales restaient trop peu lisibles et
visibles pour les Lorrains. Il est donc important de mieux informer et
de démultiplier cette information.
L'exemple du Cluster Aériades montre que c'est en soutenant certaines
filières et certaines entreprises regroupées en réseau sous l'impulsion
d'une entreprise chef de file que l'on peut accompagner des programmes
et développer l'emploi. Cette approche a l'avantage de développer par
bassin, avec des collectivités locales concernées, des secteurs qui
pourraient être comme ceux des matériaux, de la mécanique, des
écotechnologies de la santé, des biotechnologies, des technologies de
l'information et de la communication.
Je voudrais, pour ne pas énumérer comme dans un catalogue des mesures
largement détaillées dans le rapport écrit, mais rappeler aussi que la
Lorraine s'est engagée à aider les personnes à la recherche d'un emploi
en sécurisant les trajectoires professionnelles qui est plus que
nécessaire dans une période de crise et en accompagnant en formation
les salariés les moins qualifiés mis au chômage technique et partiel.
Cette action au quotidien s'est également traduite dans le domaine de
l'agriculture par leur soutien accru aux exploitations laitières en
2009, par le soutien aux entreprises de travaux forestiers, par un
travail en lien avec la Chambre Régionale de Commerce et d'Industrie,
aux sous-traitants de deuxième et troisième rang de la filière
automobile par l'action en faveur des sous-traitants de la sidérurgie.
Mais au-delà des remèdes que nous avons voulu apporter pour faire face
à la crise actuelle, nous avons, dès 2004, donné la priorité à
l'innovation et à la préparation de l'avenir. Ce soutien aux
universités, aux pôles d'excellence en matière de recherche, à
l'Institut Carnot (environnement, énergie et génie des procédés), aux
pôles de compétitivité (MATERALIA, Pôle Fibre, futur Pôle de l'Eau),
n'aura de réelle utilité que si, comme le Président de la République
l'avait promis en 2008, les pouvoirs publics s'investissent avec le
volontarisme pour que des entreprises s'installent en Lorraine. On a
aujourd'hui l'impression d'assister impuissant à une destruction de
notre tissu industriel sans montrer la volonté de reconstruire. Les
plans sociaux se succèdent mais aucun investissement réel n'est décidé.
C'est pourtant aujourd'hui qu'il faut le faire.
Je prendrai 2 exemples :
1 - Après l'annonce de la fermeture du site KLEBER à Toul, l'Etat
s'est engagé sur la création d'une plate-forme technologique de
valorisation de produits en fin de vie, en particulier dans la filière
automobile, avec notamment la valorisation du caoutchouc et du
plastique. Le groupe VEOLIA avait manifesté son intérêt en créant la
société ECOREVIA. Je viens d'apprendre que l'investissement est
repoussé à 2011. Comment Madame MORANO qui l'a annoncé avec son
porte-voix puissant peut-elle ne pas réagir à cette mauvaise nouvelle ?
Deux ans de perdu c'est trop, il faut soigner la Lorraine avant qu'elle ne soit morte.
2 - L'Union Européenne puis la France ont décidé d'inclure dans
l'essence et les gazoles des biocarburants. Les critiques ont été
émises sur l'intérêt écologique des biocarburants de première
génération, mais l'utilisation des déchets de l'industrie du bois et de
l'agroalimentaire constitue une véritable opportunité de développement.
Il y a 2 ans que, après la loi de 2006 sur le suivi des déchets
radioactifs, François LOOS, alors Ministre de l'Industrie, a promis
qu'un démonstrateur de biomasse de dernière génération permettant de
fabriquer des carburants à partir des déchets serait construit dans le
Sud de la Meuse.
En France, on ne finit jamais de décider mais comme on l'a encore
constaté, la dure réalité des licenciements frappent, inexorablement et
rapidement alors que les prises de décisions d'investissements pour
l'avenir sont sans cesse reportées.
Nous avons également amélioré les possibilités de financement pour les
entreprises lorraines en augmentant le capital de l'ILP qui a pour
vocation de renforcer les fonds propres des PME tant au niveau de la
création, du développement et de la transmission.
Les montants d'intervention sont compris entre 100 000 € et
1 500 000 € alors que les interventions de la SADEPAR sont plutôt
réservés à du capital risque pour des montants de financement à environ
75 000 à 250 000 €. La levée de fonds de 8 millions d'euros à l'ILP et
de 2 millions d'euros à la SADEPAR nous permettra de mieux aider les
entreprises dans la période difficile que nous connaissons. Hier, lors
de l'Assemblée Générale de l'ILP SADEPAR, nous avons rappelé cette
nécessité qui avait été soulignée par le MEDEF demandant une
recapitalisation de l'ILP, ce que nous avons fait, et une
reconcentration des aides dans la Région Lorraine.
J'ai voulu ne pas être polémique dans ce rapport écrit à pour seul
objectif d'essayer de trouver des solutions rapides et efficaces pour
les entreprises et les salariés mais également de préparer l'avenir.
Il faut à la fois améliorer ce qui existe déjà. La Lorraine a de très
nombreux dispositifs qui se sont souvent accumulés par strates
successives. Il faut sûrement mieux les coordonner, favoriser les
leviers d'action. L'AME, par exemple, doit illustrer cette volonté de
mieux coordonner tous les dispositifs d'aide et de soutien aux
entreprises qui existent déjà. Cette agence doit fédérer et mettre les
entreprises en réseau dans des secteurs d'activité qui existent déjà en
Lorraine ou dans des secteurs qui sont appelés à se développer. Elle
doit également aider les collectivités locales à monter des dossiers en
lien avec les entreprises, en somme à créer des réseaux, à réunir et à
créer des synergies. L'AME doit bien sûr coordonner ce qui est déjà
fait par ADIELOR, 3ILorraine ou Lorraine Internationale. Ce travail
transversal apportera plus de performance, plus de réactivité tout en
permettant des économies de fonctionnement.
Je propose également de nouvelles méthodes de travail, car la période
de crise que nous connaissons nous impose des relations plus fréquentes
avec les organisations professionnelles, syndicales et patronales. Nous
avons des relations continues avec le Conseil Economique et Social mais
je propose notamment dans cette période de crise la création d'une
Conférence Régionale Permanente qui serait un forum mettant en lien le
Conseil Régional de Lorraine avec à la fois le CES mais aussi avec les
organisations syndicales et patronales ; cet outil offrira une capacité
de réactivité. Ce forum doit également être décentralisé dans chaque
département de Lorraine afin de donner une proximité territoriale aux
Lorraines et aux Lorrains ou intervenir sur des thèmes plus généraux
comme l'emploi transfrontalier. Si certains froncent les sourcils sur
les bancs de l'opposition, je réponds que ces permanences ne doivent
pas être l'occasion de faire des dépenses supplémentaires puisqu'elles
pourraient être établies dans des bâtiments régionaux qui existent déjà
comme les lycées.
Je propose également que la Région affirme davantage sa position de
chef de file sur tous les projets structurants de la Lorraine comme les
pôles de compétitivité, les clusters, les centres de ressources
technologiques ou les plates-formes et coordonner l'action avec toutes
les collectivités locales. Plusieurs organisations syndicales et
patronales demandent une force de repérage des gisements d'emplois.
En matière de financement nous voulons aller plus loin en permettant
grâce aux 10 millions d'euros déjà alloués au fonds d'intervention
conjoncturel de participer au financement des besoins de trésorerie aux
côtés des financements bancaires classiques. Cette aide pourra prendre
la forme d'un prêt à taux zéro avec un différé de remboursement de 12 à
18 mois. Le montant de l'aide régionale plafonnée à 100 000 € pourrait
être porté à 200 000 € pour les filières qui utilisent des produits
régionaux. Le médiateur du crédit est sans doute sous employé comme
nous l'ont indiqué nos interlocuteurs. Un dossier seulement sur dix
remonte vers lui. Ce fonds doit permettre de réactiver le rôle du
médiateur du crédit. Les prêts à taux zéro pour l'écoconstruction et le
développement durable, les plans de reprise transmission pour les
entreprises, le soutien aux métiers d'art viendront compléter ce
dispositif. Nous vous proposons également de donner plus de proximité
au Fonds Stratégique d'Investissement qui vient d'être créé par l'Etat
et la CDC. Nous sommes prêts à nous associer à cet outil, sous la
condition d'une expérimentation en Lorraine d'une gestion décentralisée
de ce fonds.
En revanche, tout ce panel d'actions, de partenariat, de dispositif ne
peut apparaître que tronqué tant que l'Etat n'aura pas affiché
clairement ses intentions pour la Lorraine.
En effet, si la Région Lorraine a accepté de cofinancer avec l'Etat le
plan de relance, j'affirme que le compte n'y est pas et que le plan de
relance en Lorraine n'est pas à la maille.
Je prendrais comme seul exemple que les 11 milliards d'intervention
directe de l'Etat. Au seul prorata de sa population (près de 4 % de la
population nationale) le taux de retour du plan de relance aurait du
être de plus de
400 millions d'euros pour notre région. Les crédits alloués en Lorraine
validés au titre du comité interministériel d'aménagement et de
compétitivité du territoire (CIACT) s'élèvent à seulement 120 millions
d'euros dont 59 millions de crédits pour 2009. Il faut donc mettre le
booster. Aussi, nous demandons au chef de l'Etat des mesures précises,
rapides qui ne viendront pas compenser les pertes d'emplois qui se
rajoutent chaque jour mais qui viendront donner un peu d'espoir pour
l’avenir de notre région.
Sur les crédits des entreprises publiques, seule à la construction de
la centrale à gaz de Blénod a été activée car cet investissement avait
déjà été décidé bien avant la crise. Mais c'est seulement 20 millions
d'euros sur les 143 millions d'euros qu'auraient pu attendre la
Lorraine au vu de son poids démographique. Même André ROSSINOT vient
d'écrire à Valérie PECRESSE pour indiquer que les crédits prévus par
ARTEM et pour l'Institut Jean Lamour ne sont pas à la hauteur des
investissements nécessaires.
Notre confiance est émoussée, nous l'avons dit. Mais nous demandons
solennellement au chef de l'Etat qu'il aide la Lorraine. L'appel du 26
juin est un appel au secours en direction du Président de la
République. La Lorraine prend l'eau et on a le sentiment que le
capitaine du bateau "lustre" les cuivres.
Ces demandes, qui ont été pour certaines formulées dans le Plan Blanc,
concernent la création d'un pôle technologique européen sur les
matériaux en Lorraine regroupant des compétences en métallurgie, en
mécanique, en génie des procédés, en nanotechnologies, s'appuyant
notamment sur l'Institut Jean Lamour à Nancy, sur ISEETECH, sur le
projet Lafayette à Metz, sur le futur pôle aéronautique à Chambley.
Elles proposent le développement des écotechnologies avec la création
d'une plateforme d'écoconstruction en Lorraine demandée dans la loi sur
le Grenelle de l'Environnement qui pourrait être réalisé avec le
Luxembourg sur le site d'Esch-Belval. Mais aussi le développement de la
géothermie, la construction d'un pôle de compétitivité internationale
sur la qualité de l'eau en lien avec les régions Alsace et
Languedoc-Roussillon, la réalisation du projet ULCOS afin
d'expérimenter le stockage de CO2, l'implantation rapide dans le
Toulois d'une plate forme de valorisation de déchets de construction de
l'automobile.
Elles incluent le développement des biotechnologies et les technologies
de la santé, notamment dans le domaine de l'imagerie médicale, de
technique analytique rapide, de l'appareillage biomédical.
Elles concernent également l'essor des technologies de l'information et
de la communication. Il est quand même étonnant que les entreprises qui
se créent dans ce secteur en développement au niveau international
grossissent plus vite aux Etats-Unis ou en Chine aujourd'hui et que
toutes les entreprises qui se créent en France soient rachetées. La
France devrait plus être présente dans le domaine du logiciel, de la
sécurité des systèmes informatiques, dans l'internet du futur, les
télécommunications dans le domaine de la modélisation à trois
dimensions qui sont une des forces à Nancy et à Metz.
Le FRIL, Fonds Régional d'Innovation en Lorraine, créé en partenariat
avec OSEO à montré qu'il était utile grâce à sa rapidité de décision.
Il a financé l'innovation, a permis le recrutement de 150 personnes
dans 110 entreprises et soutenu 332 initiatives pour 60 millions
d'euros. C'est cette politique qu'il faut continuer à mener pour
préparer l'avenir. Chacun en convient car le soutien à la recherche
dans une PME lui donne un avantage compétitif et contribue à maintenir
ou à créer des emplois. Mais, il y a urgence évidemment.
Ces projets ne relèvent pas d'une relance immédiate par la consommation
qui n'est possible que par la défense du pouvoir d'achat. La défense du
pouvoir d'achat doit être une priorité nationale. D'autant plus que
c'est tout ce que demandent les organisations syndicales et
professionnelles.
Ce constat que nous faisons, bien sûr, mais aussi les solutions que
nous proposons doivent déboucher sur une définition des stratégies
régionales où majorité et opposition pourraient trouver un terrain
d'entente. La Lorraine n'est pas perdue car elle a des atouts. Son
système de formation initiale, universitaire et professionnelle, c'est
la qualité du travail des Lorrains, sa situation géographique, son
savoir-faire. Mais, il faut comme le demandent plusieurs organisations
professionnelles créer des dynamiques formation emploi. Nous attendons
en conclusion que l'Etat aide la Lorraine à passer le cap pour l'année
2009 et qu'il nous aide à nous structurer pour les années à venir car
devant la gravité de la mutation industrielle nous serons dans tous les
cas confrontés à des reconversions stratégiques. Il y a urgence car
l'accélération des mutations nécessite d'anticiper à tous les échelons,
à l'échelon des hommes, des territoires, des entreprises. Au-delà des
constats, nous devons agir et fédérer hors les acteurs professionnels.
Monsieur le Président, mes chers collègues, c'est cette ambition que
nous avons pour la Lorraine, nous souhaitons qu'elle soit partagée et
qu'ensemble les Lorraines et les Lorrains réagissent dans cette période
difficile pour préparer l'avenir.
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