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Crise agricole: JYLD écrit à Nicolas SARKOZY
Publié par Jean Yves Le Déaut
26-10-2009
Pont-à-Mousson, le 26 octobre 2009
Monsieur Nicolas SARKOZY
Président de la République
Palais de l’Elysée
55 rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 PARIS
Monsieur le Président de la République,
La situation de l’agriculture française est inquiétante et un grand nombre d’exploitations agricoles, toutes productions confondues, sont au bord de l’asphyxie. En Meurthe-et-Moselle ce sont près de 4500 personnes qui sont concernées. La défense de nos territoires ruraux et d’une agriculture de qualité appellent des réponses majeures.
Tout d’abord, la crise
actuelle que traverse l’agriculture réclame des mesures d’urgence permettant
aux exploitations les plus fragilisées de passer ce cap difficile.
Je pense qu’une année blanche
pourrait être décidée par les pouvoirs publics pour améliorer la trésorerie des
exploitations et je fais miennes un certain nombre de propositions qui sont
portées par les organisations agricoles.
Premièrement, les
annuités 2009 pourraient être prises en charge par un prêt de consolidation à
0%. Il m’apparaît en effet qu’un prêt de trésorerie au taux de 3% ne va pas
assez loin au regard de la crise. De plus, l’Etat pourrait, pour les
exploitations les plus fragiles, prendre à son compte les intérêts payés en
2009.
Je pense également
qu’une enveloppe doit être dégagée pour le remboursement de la taxe sur le
foncier non bâti, pour les agriculteurs les plus en difficulté.
Je souhaiterais que le
remboursement de la TIPP et de la TICGN soit reconduiten 2009.
Une mesure d’étalement
ou d’exonération des cotisations sociales MSA pourrait permettre d’apporter une
bouffée d’oxygène supplémentaire.
Enfin, une prorogation
des dates limites de mise aux normes pourrait être envisagée notamment au
regard des difficultés d’application des nouvelles règles. Les sanctions, liées
à la non mise en oeuvre de ces nouvelles règles, ne devraient pas, à mon sens,
être appliquées en 2009.
Ces mesures peuvent
apporter une réponse rapide aux situations les plus difficiles et permettre à
l’agriculture française de retrouver plus de compétitivité.
Plus généralement, un
travail doit être mené au niveau européen afin de mettre un terme à la
concurrence déloyale entre agriculteurs. L’état français doit peser de tout son
poids pour une harmonisation des règles. Cette harmonisation concerne d’abord
le coût du travail et notamment celui de la main d’œuvre, dont les écarts sont
par trop importants entre les différents pays de l’Union.
Des mesures relatives à
l’exonération des charges patronales doivent être confortées et la mise en
place d’une prime destinée à compenser le différentiel de compétitivité
pourrait être envisagée.
De plus, il semble
prioritaire que chaque maillon de la filière agro-alimentaire puisse mener son
activité économique. Ce sont des milliers d’emplois qui sont en jeu. La loi
doit être respectée par la grande distribution et les pratiques commerciales
abusives doivent être fermement combattues. L’outil qu’est l’observatoire des
prix et des marges doit permettre de faire la lumière sur toutes les pratiques
abusives. Les agriculteurs doivent cesser d’être la variable d’ajustement de la
filière.
Il faut également
réfléchir à l’exonération, au moins temporaire, de la contribution climat
énergie au secteur agricole, comme cela est prévu pour d’autres secteurs. Cette
exonération serait naturellement conditionnée à des efforts par le secteur
agricole en matière d’économie d’énergie et d’utilisation d’énergies
renouvelables.
Enfin, à plusieurs
reprises, votre gouvernement s’est engagé à ce que chaque ancien exploitant
puisse bénéficier d’un minimum retraite. Bruno Le Maire vient lui-même
d’annoncer qu’il voulait « corriger le tir ». Or, force est de
constater que les revalorisations annoncées ne sont pas suffisantes et que trop
d’agriculteurs ne peuvent profiter dans des conditions décentes de leur
retraite, ce qui n’est pas acceptable après une vie de labeur.
L’agriculture que nous
aimons est une agriculture de qualité et profondément humaine, mais aussi une
agriculture qui façonne et fait vivre nos territoires dans leur diversité. Nous
devons la soutenir si nous ne voulons pas la voir disparaître. Aujourd’hui,
face à la crise, des réponses ciblées et efficaces doivent être apportées sans
attendre. A plus long terme, c’est le soutien à ce secteur, toutes productions
confondues, que nous devons repenser.
Je vous prie d’agréer,
Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.