Get the Flash Player to see this player.
Flash Image Rotator Module by Joomlashack.
LEGISLATIVES 2007
LORRAINE BALLONS
LEGISLATIVES 2007
MARIANNE D'OR
AVEC AL GORE


JEAN-YVES LE DEAUT, député de Meurthe-et-Moselle          31-07-2010

Vous êtes ici: Accueil arrow Tous les articles arrow Courrier à M. le Président de l'Assemblée Nationale sur les conditions du travail parlementaire



Courrier à M. le Président de l'Assemblée Nationale sur les conditions du travail parlementaire Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Publié par Jean Yves Le Déaut   
30-10-2009
Paris, le 28 octobre 2009
 
Monsieur Bernard ACCOYER
Président de l’Assemblée nationale
126 rue de l'université
75007 Paris
 
Monsieur le Président,
 
La modification constitutionnelle a entraîné une réforme profonde du règlement de l’Assemblée nationale. J’avais naïvement cru que l’hyper-présidentialisation de notre République allait mécaniquement renforcer le rôle du Parlement. J’ai eu la faiblesse de penser qu'un travail préalable et approfondi en commission allait nous permettre de mieux appréhender l’élaboration de la loi, le contrôle budgétaire, l’évaluation des politiques publiques et le contrôle du gouvernement. La réalité que nous connaissons depuis un mois n’est malheureusement pas à la hauteur de nos attentes.
 
Je siège sans discontinuité depuis près de vingt-quatre ans au Parlement. Je n’ai jamais eu l’impression d’y être aussi inutile.
La goutte d’eau qui pour moi a fait déborder le vase, a été l’examen budgétaire du 27 octobre de la Commission élargie aux trois commissions, finances, affaires économiques et affaires étrangères sur la mission « économie ». Celle-ci s’est tenue en l’absence des ministres principalement concernés, Mme Lagarde, Ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi et de Monsieur Estrosi, Secrétaire d’Etat, chargé de l’Industrie. Nous avons examiné successivement un fourre-tout de treize rapports concernant des dossiers aussi différents que les entreprises, le tourisme, le commerce extérieur, la consommation, les communications électroniques et les postes, ainsi que le plan de relance de l’économie.
 
Cet examen a, de l’avis de tous, été bâclé. Nous avons reçu des réponses imprécises de Monsieur Devedjian qui « assurait la permanence » et de Monsieur Novelli qui nous a quitté à mi-séance pour aller défendre la candidature de la France à la Ryder Cup de golf.
 
Tout cela n’est pas sérieux. En réalité, on se moque du travail parlementaire et cette situation devient humiliante pour les députés. Alors que dans le passé nous aurions examiné les 5 budgets en 2 jours en séance publique, nous avons expédié l’examen de ces dossiers majeurs pour la France en à peine une demi-journée. Le 28 octobre, pendant l'examen du PLFSS, nous avons siégé en commission des affaires économiques près de 9 heures.
 
Nous ne sommes pas opposés au travail en commission, mais il faut que nous ayons plus de temps pour examiner les textes. On a un peu l’impression que la véritable ligne de conduite est de « dégager du temps dans l’hémicycle », sans se préoccuper des conditions de travail des parlementaires.
 
On peut se poser les mêmes questions sur l’examen d'un texte en commission suivant la nouvelle procédure. Nous avons eu l’occasion de le vérifier il y a deux semaines, lors de l’examen de la proposition de loi sur la fracture numérique. Le débat général a été capté par les ministres, les rapporteurs et les portes paroles des groupes, puis, nous sommes passés à l’examen des amendements. Dans le système précédent, un temps parole par groupe était fixé dans la discussion générale pour favoriser l’expression de l’ensemble des députés.
 
Avec le nouveau mode de travail, le temps d’examen est encore plus contraint et moins long que par le passé. Cela a une conséquence, le Parlement contrôle moins alors que le Président de la République décide plus.
 
Je vous livre donc ma conviction. Non seulement, il n’y a pas eu d’amélioration des conditions de travail, mais elles se sont même dégradées. Le seul changement notoire est l’obligation de signer une feuille de présence le mercredi. Cela augmente le nombre des présents, mais plus de députés qui parlent moins, ne renforce pas la démocratie.
 
Nous sommes en réalité des figurants. Je crains que si nous ne modifions pas les règles du jeu, cela marquera la fin du modèle parlementaire qui permettait à chaque député de faire remonter les préoccupations de ses concitoyens. Le danger est que l’on favorise la primauté de la technocratie et un élitisme où certains parlementaires auraient le droit de monopoliser la parole, alors que la grande majorité serait confinée à un rôle de figuration.
 
Je plaide pour que ce nouveau règlement permette au Parlement d’exercer un contrôle efficace du gouvernement. Je vous remercie de trouver les moyens pour y parvenir.
 
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l'expression de mes sentiments les plus respectueux.
 
Jean-Yves LE DÉAUT
 
< Précédent   Suivant >