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La décision éventuelle d’activer la clause de sauvegarde ne fait pas honneur à la politique. L’autorité provisoire a été instrumentalisée pour permettre à l’UMP de passer les municipales « au chaud ». Le Président de la République s’appuierait en réalité sur un avis qui n’a pas été validé par l’autorité provisoire, découvrant avec stupeur en fin de séance, que le président LE GRAND allait s’exprimer devant la presse, car ni les termes de « risques sérieux », ni celui des « effets négatifs » n’ont été employés dans l’avis transmis aux membres.
Le Sénateur Président LE GRAND (UMP), plus connu comme expert politique
que comme expert scientifique ou médical, a voulu sans doute permettre
à Nicolas SARKOZY de « jouer de la flûte sur nos cordes sensibles ». En
effet, les publications scientifiques dites nouvelles n’ont fait que
confirmer ce que l’on savait déjà : dissémination, transfert de gène de
la toxine βt aux organismes du sol…
La commission d’enquête parlementaire que j’ai présidée en 2005 a
demandé, à la quasi-unanimité, un moratoire sur les cultures OGM en
plein champ en attendant qu’une loi fondatrice sur les biotechnologies
soit votée. Ce rapport affirmait également que la recherche, y compris
en plein champ, devait continuer.
Trois ans après, la recherche dans les laboratoires s’est quasiment
éteinte. Le Parlement n’a toujours pas débattu en 2008 de la loi une
nouvelle fois repoussée. Les OGM, c’est comme une « patate chaude », on
se la repasse d’un gouvernement à l’autre. C’est une nouvelle pitrerie
politique à laquelle on assiste, car le maïs MON 810, cultivé depuis
plus de dix ans en France, a été autorisé successivement par Lionel
JOSPIN, Jean-Pierre RAFFARIN, Dominique DE VILLEPIN et aujourd’hui,
François FILLON. Il a été cultivé en Espagne, sur plusieurs dizaines de
milliers d’hectares et à l’étranger sur plusieurs millions d’hectares
depuis 15 ans. S’il était dangereux pour la santé ou l’environnement,
cela se saurait. Par contre, la question de l’utilité des maïs
résistants aux insectes est une vraie question. C’est celle-ci qui
aurait dû être discuté au Parlement. En lieu et place d’un débat, on a
assisté à une manipulaiton de l’opinion. L’attitude du Président de la
République n’est pas sérieuse, car il fait porter le chapeau et
s’abrite derrière un avis d’un comité provisoire, créé pour la
circonstance, pour empêcher que le trublion BOVÉ ne vienne perturber
les élections municipales.
Pas étonnant après de telles manœuvres, que les Français ne fassent confiance, ni à la science, ni à la politique !
Jean-Yves LE DÉAUT
Député de Meurthe-et-Moselle
Docteur ès Sciences
Auteur d’un rapport sur les OGM (1998)
Organisateur de la première conférence de citoyens sur les OGM (1998)
Membre du comité des « 4 sages » chargé d’évaluer l’expérimentation en plein champ (2002)
Président de la Commission Parlementaire sur les OGM (2005)
Voir l'article publié dans l'Est Républicain sur le sujet.
Le 10 janvier 2008
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