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OGM: instrumentalisation pour "joueur de flute" sur cordes sensibles Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Publié par Jean Yves Le Déaut   
10-01-2008

La décision éventuelle d’activer la clause de sauvegarde ne fait pas honneur à la politique. L’autorité provisoire a été instrumentalisée pour permettre à l’UMP de passer les municipales « au chaud ». Le Président de la République s’appuierait en réalité sur un avis qui n’a pas été validé par l’autorité provisoire, découvrant avec stupeur en fin de séance, que le président LE GRAND allait s’exprimer devant la presse, car ni les termes de « risques sérieux », ni celui des « effets négatifs » n’ont été employés dans l’avis transmis aux membres.

Le Sénateur Président LE GRAND (UMP), plus connu comme expert politique que comme expert scientifique ou médical, a voulu sans doute permettre à Nicolas SARKOZY de « jouer de la flûte sur nos cordes sensibles ». En effet, les publications scientifiques dites nouvelles n’ont fait que confirmer ce que l’on savait déjà : dissémination, transfert de gène de la toxine βt aux organismes du sol…

La commission d’enquête parlementaire que j’ai présidée en 2005 a demandé, à la quasi-unanimité, un moratoire sur les cultures OGM en plein champ en attendant qu’une loi fondatrice sur les biotechnologies soit votée. Ce rapport affirmait également que la recherche, y compris en plein champ, devait continuer.

Trois ans après, la recherche dans les laboratoires s’est quasiment éteinte. Le Parlement n’a toujours pas débattu en 2008 de la loi une nouvelle fois repoussée. Les OGM, c’est comme une « patate chaude », on se la repasse d’un gouvernement à l’autre. C’est une nouvelle pitrerie politique à laquelle on assiste, car le maïs MON 810, cultivé depuis plus de dix ans en France, a été autorisé successivement par Lionel JOSPIN, Jean-Pierre RAFFARIN, Dominique DE VILLEPIN et aujourd’hui, François FILLON. Il a été cultivé en Espagne, sur plusieurs dizaines de milliers d’hectares et à l’étranger sur plusieurs millions d’hectares depuis 15 ans. S’il était dangereux pour la santé ou l’environnement, cela se saurait. Par contre, la question de l’utilité des maïs résistants aux insectes est une vraie question. C’est celle-ci qui aurait dû être discuté au Parlement. En lieu et place d’un débat, on a assisté à une manipulaiton de l’opinion. L’attitude du Président de la République n’est pas sérieuse, car il fait porter le chapeau et s’abrite derrière un avis d’un comité provisoire, créé pour la circonstance, pour empêcher que le trublion BOVÉ ne vienne perturber les élections municipales.

Pas étonnant après de telles manœuvres, que les Français ne fassent confiance, ni à la science, ni à la politique !

 

Jean-Yves LE DÉAUT
Député de Meurthe-et-Moselle
Docteur ès Sciences
Auteur d’un rapport sur les OGM (1998)
Organisateur de la première conférence de citoyens sur les OGM (1998)
Membre du comité des « 4 sages » chargé d’évaluer l’expérimentation en plein champ (2002)
Président de la Commission Parlementaire sur les OGM (2005)
 
 
Voir l'article publié dans l'Est Républicain sur le sujet.

Le 10 janvier 2008
 
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