|
GRENELLE DE L’ENVIRONNEMENT
Intervention de JEAN-YVES LE DÉAUT,
dans l’explication de vote du groupe socialiste après la question préalable
"J’ai présidé la mission d’information parlementaire en 2006, dont Nathalie KOSCIUSKO MORIZET était la rapporteure. Le réchauffement climatique représente la plus grande menace du 21ème siècle. Il y a donc une véritable urgence écologique à agir.
L’illusion de l’abondance énergétique nous a fait mener la politique de l’autruche, car il est démontré que la responsabilité du changement climatique incombe aux activités humaines. Trois facteurs spécifiques caractérisent le réchauffement climatique de la planète :
− il est extrêmement rapide à l'échelle des quatre milliards
d'années de l'histoire de la vie sur terre. Jamais nous n'avons connu
de tels écarts en 100 ans.
− les émissions du gaz à effet de serre, responsables du
réchauffement ont un effet immédiat sur toute l'atmosphère qui entoure
la Terre. Les émissions des Américains ou des Chinois concernent tous
les habitants de la planète ;
− l'inertie de la Terre et de la masse des océans est importante.
Les effets de notre insouciance d'aujourd'hui continueront à se faire
sentir pendant des siècles. Les erreurs d'aujourd'hui se paieront
demain et après-demain.
Nous avons donc une responsabilité vis-à-vis des générations futures et
dans ce combat, la France et l’Europe doivent montrer l’exemple. Avec
de nombreuses associations, nous nous sommes inscrits dans le processus
du Grenelle de l’Environnement. Et nous avons salué cette démarche.
Nous sommes donc en phase avec certaines intentions du texte, mais nous
ne pouvons nous satisfaire d’un catalogue qui aborde toutes les
questions mais en résout très peu. Le ton est donné dès l’article 2 :
La taxe carbone est abandonnée, remplacée par une taxe climat-énergie
dont « l’Etat étudiera la création en vue d’encourager les
comportements sobres en carbone et en énergie… ». Il l’étudiera quand ?
Peut-être lorsque le Parlement n’aura plus à ce prononcer. Il est
pourtant évident que l’instauration d’une taxe sur le carbone est
inéluctable à terme. Nous aurions dû avoir ce débat lors de l’examen
de ce texte, car si nous voulons éviter que le coût de la lutte soit
uniquement supportée par les plus modestes, il faut dire comment sera
financée cette taxe carbone et expliquer qu’elle ne viendra pas
s’ajouter mais se substituer à des prélèvements existants.
Une autre bonne intention est d’effectuer des travaux sur les 4
millions de logements sociaux et prioritairement, sur les 800 000
logements sociaux les plus dégradés du parc immobilier. Avec quel prêt
à taux privilégié vous les financerez, à quel moment, sur quels
crédits, puisque le budget du logement pour 2009 baisse de 6 %, comme
d’ailleurs celui consacré à la politique des territoires. L’article 19
indique que l’Etat mobilisera d’ici 2012 un milliard d’euro
supplémentaire pour la recherche sur le développement duable,
c’est-à-dire 250 millions par an. Les travaux du comité opérationnel
recherche ont montré que cette somme était très insuffisante au regard
des objectifs et des enjeux, notamment si nous voulons rattraper notre
retard dans le solaire ou dans la biomasse de 2ème génération et
financer les démonstrateurs. Le Gouvernement a refusé l’extension du
bonus-malus à d’autres produits comme les ordinateurs, les postes de
télévision. Vous vous êtes montré particulièrement flou sur la
poursuite ou non des constructions d’autoroutes, et n’avez pas indiqué
dans quelles conditions seraient affectés les prêts « verts » à taux
zéro. Vous avez refusé de vous engager sur la suppression des
incitations fiscales à polluer, sur la suggestion d’affecter une part
des taxes de mutation à la rénovation des bâtiments anciens, ou encore
sur l’élargissement de la taxe transport actuellement perçu par l’Ile
de France à d’autres régions. D’autre part, vous avez refusé des
amendements qui prévoyaient d’affecter une part de la TIPP (Taxe
Intérieure sur les Produits Pétroliers) aux transports en commun, au
frêt ou aux autoroutes ferroviaires ou encore de donner le pouvoir aux
grandes agglomérations, d’interdire l’accès au centre ville des
véhicules les plus polluants. La verité c’est que le Grenelle n’est pas
soluble dans le capitalisme débridé. Il vous fallait donc faire des
choix et vous n’êtes pas allés jusqu'au bout de cette logique.
Nous voterons donc la question préalable présentée par Serge LETCHIMY,
puisque vous n’avez pas répondu à la question du financement de la mise
en oeuvre du Grenelle de l’Environnement. Comment pouvez-vous nous
assurer que ces engagements seront tenus quand vous avez déjà abandonné
plusieurs des propositions du Grenelle, que vous en avez repoussé
d’autres aux calendes grecques et que vous n’avez pas souhaité trancher
sur des sujets qui fâchent ?
Nous la voterons parce qu’il fallait passer des principes aux actes et
que vous êtes resté aux plus petit commun dénominateur de votre
majorité, alors qu’il aurait fallu chercher le consensus sur cette
question primordiale pour nos enfants et nos petits-enfants. La crise
écologique de demain, sera plus grave que la crise économique que nous
connaissons aujourd’hui."
|