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Voir l'amendement déposé par Jean-Yves et adopté par les députés.
Jean-Yves LE DÉAUT a défendu pendant 30 minutes, le 1er avril, à l'Assemblée Nationale, une motion de renvoi sur les Organismes Génétiquement Modifiées, qui a été rejetée par la majorité UMP de l'Assemblée Nationale, estimant que le Gouvernement n'élaborait pas une véritable loi fondatrice sur les biotechnologies et que ce texte, qui se caractérisait par un flou législatif important, serait source de controverses, de polémiques et de procès.
EXAMEN DE LA LOI SUR LES
ORGANISMES GENETIQUEMENT MODIFIES
MOTION DE RENVOI EN COMMISSION – Mardi 2 avril 2008
Si je demande au nom du Parti Socialiste le renvoi de l’examen du texte en commission, ce n’est pas parce que celui-ci n’a pas été examiné, car il l’a été pendant près de 7 heures, mais parce que manifestement, le texte gouvernemental n’a pas clarifié la législation et la réglementation sur plusieurs points fondamentaux. Les conditions dans lesquelles on peut étiqueter un produit « sans OGM » ou « non OGM », le fonctionnement du Haut Conseil des biotechnologies, et notamment les rôles spécifiques du comité scientifique et du comité de la société civile, les moyens de parvenir à une coexistence entre les cultures et la clarification de la responsabilité des agriculteurs sont manifestement restées dans le flou législatif. Je ne cite que quelques exemples pour montrer que ce texte est improvisé, et qu’il serait donc important de le réexaminer.
Nous demandons également le renvoi en commission, parce que lors de l’examen de ce texte, nous avons eu la désagréable impression que le rapporteur avait pour mission de n’accepter aucun amendement majeur, qu’il était bridé, pour préserver l’impossible équilibre des arbitrages interministériels qui, d’un côté affiche la volonté de développer les cultures commerciales et veut faire croire de l’autre que le principe de précaution triomphe. Nous aurions donc espéré que nos amendements soient pris en compte dans le cadre de l’examen de cette loi. Je voudrais à ce sujet, vous poser une question, Monsieur le Ministre, Madame la Secrétaire d’Etat. Le président Debré avait demandé en 2005, au Parlement, de réfléchir à la question des OGM et j’ai eu l’honneur de présider cette mission, dont le rapporteur était Christian Ménard. Nous avons rendu un rapport voté à la quasi-unanimité, 28 sur 31, à l’exception d’Yves Cochet dont on connaît les positions constantes, de François Grosdidier, le trublion de l’UMP et de vous-même, Madame Kociusko-Morizet qui anticipiez sans doute sur vos responsabilités futures. Trouvez-vous normal que je n’ai jamais été auditionné, pas plus que mon collègue Ménard, ou le président de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifique et Technologiques, par l’intergroupe du Grenelle sur les OGM et qu’aujourd’hui, au nom de l’équilibre instable trouvé lors du Grenelle, vous refusiez tout amendement. Cela démontre le peu de cas que vous faites du Parlement, car nous avons la fâcheuse impression que le Gouvernement joue un double jeu, flattant avec Jean-Louis et embrassant même avec Nathalie, les écologistes radicaux et fermant les yeux, avec Michelle ou Valérie, sur les dérives de certains agrochimistes internationaux.
Auteur du premier rapport au Parlement sur ce sujet en 1998,
organisateur de la première conférence de citoyens en France, membre du
comité des « 4 sages », chargé en janvier 2002, de réfléchir à
l’expérimentation en plein champ, avec André Babusiaux, Didier Sicard
et Jacques Testard, et comme je viens de le dire comme président de la
mission d’information en 2005 sur les OGM, je voudrais démontrer
pourquoi vous avez manqué l’occasion d’élaborer une véritable loi
fondatrice sur les biotechnologies. Or c’est de cela qu’il s’agit. Si
vous voulez faire passer cette loi en « catimini » et a minima, si vous
refusez le débat au Parlement, vous ferez perdurer les affrontements,
les controverses et les procédures.
Il est d’ailleurs incroyable qu’il ait fallu attendre sept ans après la
parution de la directive européenne 2001-18 pour que ce sujet vienne en
discussion à l’Assemblée Nationale.
La question des OGM s’apparente à une « patate chaude », qu’on se
repasse d’un gouvernement à l’autre, car dix ans après les premières
controverses, l’importation du « soja fou » comme le relatait à
l’époque Libération, nous sommes toujours camp contre camp, personne
n’ayant cédé un pouce de terrain idéologique, voulant passer en force,
à grand renfort de coups médiatiques avec comme corollaire, le fait que
la controverse augmente l’incertitude, et l’incertitude la controverse.
Ce débat sur les OGM a été très mal engagé, parce qu’un certain nombre
de grandes firmes agrochimiques internationales ont voulu imposer cette
technologie, sans consultation préalable des citoyens. Le temps n’est
plus celui où les technologies peuvent être imposées par des seuls
experts. Le citoyen souhaite qu’un dialogue effectif précède toute
décision. Le rejet des OGM dans le grand public, en Europe, en est la
preuve. On risque d’ailleurs de connaître, demain, le même phénomène
dans le domaine des nanotechnologies. Et pourtant, les biotechnologies
sont utiles en matière de santé, d’environnement, et d’énergie et
seront indispensables demain, dans les domaines de l’agriculture et de
l’agroalimentaire. La bataille entre faucheurs et chercheurs a nui au
développement de la recherche publique et des bioindustries.
Il faut faire un constat préalable. Dans les pays développés, les
activités humaines ont endommagé la nature. Dans les pays du Sud, la
démographie galopante, l’épuisement des ressources en eau ont généré la
déforestation ou la désertification. L’agriculture n’est pas la seule
coupable, les actuels modes de vie des pays riches sont incompatibles
avec le développement durable. L’épuisement en quelques générations des
énergies fossiles, la déforestation non maîtrisée, les pollutions, les
rejets des produits chimiques, de gaz à effet de serre ont contribué à
la détérioration de la planète. Le Grenelle de l’Environnement était
utile. Mais il a exacerbé le problème des OGM.
L’absence de résolution, en France, de cette question lancinante est, à
mon sens, inquiétante, voire dangereuse, car le soutien à une société
de la connaissance et du savoir doit être l’élément fondateur du
principe de progrès. Tous nos concitoyens pensent bien sûr que ce
progrès doit être maîtrisé. Car, pour eux, toute avancée technologique
n’est plus perçue comme une donnée obligée, héritée de la philosophie
des lumières. La science doit permettre à l’homme de mieux comprendre
les faits sociaux et culturels, de mieux appréhender le monde dans
lequel nous vivons, de créer des emplois, de protéger des crises
sanitaires, financières et économiques et de préserver la planète sur
laquelle nous vivons. C’est un « cahier des charges ambitieux » qui
doit nous faire réfléchir aux notions d’incertitudes et de risques, de
bénéfices et d’inconvénients.
Comme c’est le cas pour la plupart des sujets complexes, il n’y a pas
de réponse simpliste à la question : « êtes-vous pour ou contre les OGM
? ». La transgénèse est une technique, elle n’est en soi ni bonne ni
mauvaise. Elle doit être jugée à l’aune des applications proposées par
les chercheurs, les ingénieurs et les médecins.
Dans le domaine des plantes génétiquement modifiées, le bénéfice
n’apparaît pas évident pour le consommateur, car l’ingénierie génétique
n’a pour l’instant, comme principale application, que de limiter les
pertes des récoltes dans une période où l’Europe gère des
surproductions et des excédents. Cette question ne se pose pas dans les
mêmes termes en Afrique du Sud, en Inde ou en Chine et je ne partage
pas l’avis de ceux qui refusent toute recherche publique et prétendent,
sans le démontrer, que les OGM n’apporteront aucun bénéfice aux pays du
Sud.
La commission d’enquête parlementaire que j’ai présidée en 2005 avait,
je le pense, trouvée un juste équilibre. En votant à la «
quasi-unanimité » un moratoire sur les cultures OGM en plein champ en
attendant qu’une loi fondatrice sur les biotechnologies soit votée. Ce
rapport affirmait également que la recherche, y compris en plein champ,
devait continuer.
La pause que nous proposions en 2005 aurait permis, à notre sens, de
rétablir la paix civile. La mission parlementaire avait, grâce à son
travail minutieux d’écoute, permis un rapprochement des opinions. La
quasi-totalité des députés avaient préconisé de soutenir plus fortement
la recherche en biologie végétale, d’ouvrir pour la recherche publique
la possibilité d’expérimenter en plein champ dans un cadre rigoureux,
de proposer des règles de coexistence des cultures. Ils avaient prôné
la création d’un seuil unique de présence fortuite, imaginé la création
d’un régime d’indemnisation spécifique en cas de préjudice, souhaité la
clarification et l’homogénéisation des procédures nationales et
européennes d’autorisation et de suivi, ainsi que l’amélioration de
l’information du public.
Depuis 3 ans, le débat s’est enlisé et votre gouvernement est obligé de
réaliser des acrobaties réglementaires en créant, en décembre, un
comité de préfiguration de la haute autorité pour justifier
l’activation de la clause de sauvegarde, interdisant la culture du
MON810, d’un côté et en décrétant, il y a quelques jours, la création
d’un comité provisoire du génie biomoléculaire pour autoriser des
essais en plein champ en 2008. Il aurait fallu comme le dit «
Rouletabille » prendre le problème par le bon bout de la raison, car de
qui se moque-t-on ? D’un côté, on anticipe en décembre 2007 sur le
texte de loi que nous discutons aujourd’hui, pour créer un comité de
préfiguration de la Haute Autorité, avec pour seul objectif de calmer
les grévistes de la faim et de l’autre, on revient, en mars, à la loi
de 1991, en renommant un comité provisoire du génie biomoléculaire,
chargé d’autoriser les recherches en plein champ pour 2008. N’aurait-il
pas été plus opportun de désigner en juillet 2007 les membres de ce
comité provisoire en attendant que la loi soit votée.
L’épisode de l’activation de la clause de sauvegarde a sans doute été
le plus rocambolesque. Vous avez ce matin, Monsieur le Ministre,
déclaré sur France Inter que le Président Sarkozy avait eu raison de
l’activée, parce que même un membre de l’opposition comme Monsieur Le
Déaut avait montré son désaccord. S’il suffisait de montrer son
désaccord avec le Président pour qu’il ait raison, il aurait sans
doute, aujourd’hui, une meilleure côte de popularité. La vérité c’est
que le comité de préfiguration de la Haute Autorité a été
instrumentalisé pour permettre à l’UMP de passer les municipales « au
chaud » en faisant cesser la grève de la faim des anti-OGM. On a vu que
cela n’a pas suffit. Il faut pourtant rappeler que des précautions
avaient été prises en nommant un sénateur UMP, président de cette
autorité, pour être sûr de verrouiller les avis de ses membres. Lors
des vœux, le Président de la République avait dit qu’il activerait la
clause de sauvegarde, si les experts lui affirmaient qu’il y avait «
des risques sérieux » sur le maïs Monsanto 810, autorisé en France
depuis 1998. Deux jours plus tard, il s’est en réalité appuyé sur une
déclaration peu sérieuse du Sénateur Legrand, - celui-là même qui dit
que les parlementaires UMP sont actionnés par les semenciers -
président nommé pour activer cette clause, alors que ni les termes de «
risques sérieux », ni celui d’« effets négatifs » n’ont été employés
dans l’avis rédigé par les membres de ce comité de préfiguration. Douze
scientifiques sur quatorze se sont désolidarisés de ces déclarations.
Pas étonnant après de telles manœuvres, que les Français ne fassent confiance, ni à la science, ni à la politique !
Nous demandons le renvoi en commission pour étudier sept points principaux qui, pour nous, ne sont pas clarifiés.
1 Il convient de mieux définir le terme OGM, qui, d’après la loi,
est « un organisme dont le matériel génétique a été modifié autrement
que par multiplication ou recombinaison naturelle ». Que signifie le
terme « naturel », quand on sait que de tout temps, c’est l’homme qui a
inventé l’hybridation, qui a sélectionné les plantes depuis des
millénaires. L’exemple du maïs est éclairant. Né il y a 7 millions
d’années sur les hauts plateaux du Mexique, le théosinte présente des
différences importantes par rapport au maïs actuel : tiges ramifiées,
de très petite taille, petit nombre de grains par épis. Un épi de
théosinte mesurait 2,5 cm, il y a sept mille ans, 10 cm au début de
l’ère chrétienne, il peut dépasser aujourd’hui 30 cm. Certaines
techniques de mutagénèse, qui induisent des mutations, sont bien sûr le
résultat du travail de l’homme et non celui de la nature, pourtant il
ne s’agit pas d’OGM. Il est à mon sens impropre d’utiliser le mot «
naturel » dans la législation.
2 Ce texte de loi aurait dû inclure la question de la grande
diversité des OGM. Il est impropre de parler d’Organismes Génétiquement
Modifiés de manière générale, au pluriel. C’est une gageure de
vouloir, dans le même texte législatif, couvrir tous les types d’OGM
(bactériens, végétaux et animaux). Il y a autant d’OGM différents que «
d’événements transgéniques » et on peut être favorable à certains
d’entre eux, tout en jugeant inutile, voire dangereux, de développer ou
de cultiver certains autres. On peut être favorable à un OGM bactérien
qui fabrique de l’insuline dans un réacteur fermé ou à
l’expérimentation de certaines plantes génétiquement modifiées dans des
conditions très strictes en plein champ tout en étant défavorable à
l’insertion d’un gène résistant à des herbicides, greffé sur du colza
sans que des études préalables du croisement du transgène avec des
espèces sauvages aient été réalisées. Les dispositions que nous
devrions voter, concernant ces différents types d’OGM, devraient bien
sûr être différentes. Ce texte est confus, car il commence à traiter de
manière générale des OGM pour ensuite ne plus aborder que la seule
question des Plantes Génétiquement Modifiées.
3 La réglementation de la coexistence entre cultures de plantes
transgéniques et cultures traditionnelles ou biologiques ne peut être
réglée que si nous avons défini au préalable la notion de seuil de
dissémination fortuite autorisé. Celui-ci a été fixé au niveau européen
à 0,9 %, stipulant qu’au-dessous de ce seuil, il n’était pas
obligatoire d’étiqueter la présence d’OGM. Il est important de bien
définir, au préalable, quel niveau de contamination fortuite sera exigé
dans des périmètres sur lesquelles des appellations d’origine ou des
labels existent. Vous devriez bien sûr également définir, au préalable,
les taux de présence fortuite d’OGM dans les semences, car l’Union
Européenne a demandé à chaque pays de légiférer à ce sujet. Dans le cas
contraire, ce sera le seuil de détection qui s’appliquera. Il est
incroyable que cette question ne soit pas abordée lors de l’examen de
ce projet de loi. La réglementation européenne est à ce sujet claire,
puisqu’elle considère que l’agriculture biologique a interdiction
d’utiliser des OGM dans son cahier des charges, mais qu’elle ne peut
être tenue pour responsable de disséminations fortuites inférieures au
seuil d’étiquetage de 0,9 %. Vous devriez, Monsieur le Ministre, être
très clair sur cette question que nous avons abordée notamment lors de
l’audition de la fédération française des sociétés d’assurance. Son
représentant déclarait « il est exact qu’à partir du moment où des
seuils de tolérance sont définis et opposables, certains risques
deviennent assurables puisqu’ils sont quantifiables… En matière de
responsabilité civile nous n’assurons rien de ce qui a trait aux
risques de développement. Le problème est que les agriculteurs
biologiques contestent ce seuil de tolérance de 0,9 % puisqu’ils
réclament un seuil plus bas… » Il concluait donc « Tout cela doit être
défini en amont plutôt que réglé devant les tribunaux. Si vous pouvez
me prouver que la justice ne considérera pas que l’agriculture « non
OGM » a subi un préjudice, je suis d’accord. » Il terminait son propos
« Autant dire que cela doit être cadré dans la loi ». Quelle est votre
interprétation, Monsieur le Ministre, à ce sujet ? Les conclusions sont
claires, limpides, logiques, alors que le texte de loi reste flou et en
trompe l’œil. Il nous apparaît aberrant qu’avant la fin de l’examen du
texte, vous ne précisiez pas la position du Gouvernement. Nous avons
également été frappés par le fait que les conditions techniques
préconisées pour qu’il y ait coexistence entre des cultures de plantes
génétiquement modifiées et les cultures conventionnelles se limitent à
des distances, ne parlent ni de zones tampons, ni de décalage dans le
temps des cultures.
4 Il est également nécessaire de définir dans quelle condition un
opérateur peut indiquer qu’un produit destiné au consommateur final,
que celui-ci est « sans OGM » ou « non OGM ». La Direction Générale de
la Concurrence et de la Répression de Fraudes, a, le 16 août 2004,
publié une note d’information sur les allégations relatives à l’absence
d’OGM et stipulant notamment que :
a) la présence de toutes traces d’OGM doit être exclue, ce qui
signifie que le seuil à retenir est la limite de détection à l’analyse,
et nullement le seuil de présence fortuite de 0,9 %, que dans le cas
des produits transformés pour lesquels il n’existe plus d’OGM, que
cette garantie doit être apportée par les matières premières.
b) Qu’aucun OGM, qu’aucun produit obtenu à l’aide d’OGM, comme les
acides aminés, les vitamines, des enzymes, ne doit avoir été utilisé à
un quelconque stade de l’élaboration du produit
c) Cette règle vaut également pour les produits qui ne sont pas
considérés comme des ingrédients, comme par exemple des auxiliaires
technologiques ou des supports d’additifs ou d’arômes
d) Des produits issus de l’agriculture biologique ne peuvent pas
être qualifié de « sans OGM » du seul fait de leur production, car en
absence de seuils spécifiques pour cette filière, le seuil de présence
fortuite définie pour la filière conventionnelle s’applique à
l’agriculture biologique (0,9 %).
Il est incroyable que bien que nous ayons proposé des amendements sur
ces questions, ceux-ci n’aient pas été repris car cela revient à
finalement laisser l’administration, à savoir la DGCCRF, rédiger la
loi. Je suis personnellement opposé à l’interprétation qui dit que des
enzymes, des acides aminés utilisés dans l’élaboration d’un produit,
mais que l’on ne retrouve pas dans le produit final, interdit à un
opérateur d’utiliser une mention « sans OGM ». Cela signifie, Monsieur
le Ministre de l’Agriculture, qu’il sera impossible d’utiliser de la
chymosine, fabriquée par des bactéries génétiquement modifiées dans la
fabrication des fromages biologiques français, d’utiliser des additifs
dans la fabrication de la bière, car les services de Bercy l’ont
décidé. C’est le législateur qui doit décider de la position de notre
pays. Nous souhaiterions donc là également connaître votre position.
5 Nous souhaiterions que des précisions soient apportées sur la
hiérarchisation des avis des deux comités prévus dans le Haut Conseil
des biotechnologies. Quelle sera la nature des recommandations que
pourra apporter le comité éthique, économique, écologique et social ?
Vont-t-ils étudier toutes les demandes d’autorisation au cas par cas ou
se borner à juger de l’intérêt et de l’opportunité d’autoriser
l’utilisation et l’expérimentations de certaines plantes ou animaux
transgéniques ?
6 La question de la responsabilité de préjudice en cas de
dissémination fortuite, n’a pas été clarifiée. Il nous apparaît
aberrant que l’on puisse parler de responsabilité sans faute d’un
agriculteur qui aurait respecté les conditions techniques imposées par
l’autorité administrative et qui serait néanmoins responsable du
préjudice causé. L’existence d’un fonds d’indemnisation qui était prévu
par le projet de loi discuté au Sénat en 2006, financé par la filière
semencière et agricole, serait à notre sens plus pertinent, au moins
dans un premier temps.
7 Enfin, nous regrettons également que dans l’article 1, le
rapporteur ait cru bon de supprimer ce qui apparaissait un des points
d’équilibre du texte, à savoir la nécessité d’expertiser les risques
mais aussi les bénéfices des plantes génétiquement modifiées.
Ces questions sont majeures. Si elles ne sont pas clarifiées, vous
aurez la responsabilité des procès, des litiges et finalement, des
batailles rangées qui ne manqueront pas de mettre le feu aux campagnes.
En politique, il faut du courage et ne pas se contenter d’équilibres
impossibles ou de consensus mous.
La question des Organismes Génétiquement Modifiées est bien sûr lié aux
relations internationales. Comment peut-on d’un côté refuser des
plantations en France si nous acceptons l’importation des produits
issus de ces mêmes plantes ? D’autre part, le rapport entre les
cultures mondiales de plantes transgéniques (114 millions d’hectares
cultivés en 2007) et les 100 000 hectares cultivés en Europe est de
plus de 1000 à 1. Devant un tel déséquilibre, on peut se poser la
question : l’Europe est-elle à la traîne ou, au contraire, plus
perspicace ?
C’est sans doute une des premières fois dans l’histoire des
technologies qu’on observe une telle divergence entre les choix
européens et ceux du reste du monde.
La France et l’Europe ont sûrement été plus perspicaces en initiant des
études sur l’impact des OGM pour évaluer la dissémination des gènes,
pour tester la stabilité de leur expression, pour étudier les
interactions agronomiques des OGM, pour vérifier l’influence de
l’insertion d’un transgène sur l’expression des gènes voisins, pour
apprécier les incidences de ces cultures dans la régulation des
échanges internationaux. Encore faut-il accentuer nos efforts de
recherche dans tous ces domaines.
La France et l’Europe auraient été encore plus perspicaces si comme le
demandait la Conférence de Citoyens réunie en 1998 ou le rapport que
j’avais rendu au gouvernement de Lionel Jospin, nous avions soutenu, au
préalable, des recherches publiques sur des plantes transgéniques avant
d’autoriser des cultures commerciales à une plus grande échelle.
Mais avec le millième des productions mondiales, nous sommes sans doute
à la traîne et risquons de perdre une part de la compétitivité de notre
agriculture, mais surtout, de notre capacité d’expertise
internationale. Je voudrais donc dire aujourd’hui avec beaucoup de
solennité, car c’est un honneur pour un député de défendre son pays à
la tribune de l’Assemblée Nationale, que les deux questions mondiales
majeures du 21ème siècle, liées d’ailleurs entre elles, sont le
réchauffement climatique et la croissance exponentielle de la
démographie. Je pense en mon âme et conscience que le développement des
biotechnologies pourra contribuer à résoudre ces deux questions.
Celles-ci seront indispensables demain, tant dans l’agriculture que
dans la résolution des problèmes d’environnement. Les décisions que
nous allons prendre aujourd’hui sont donc primordiales. En 1960, chaque
habitant sur terre disposait de 0,45 hectares par personne pour la
production alimentaire. Ce taux ne sera plus que de 0,2 hectares en
2020. Dans le même temps, la population mondiale sera passée de 3
milliards à 8 milliards d’individus. Si les terres cultivables
diminuent, il faudra plus d’engrais, ce qui signifie plus d’énergie
consommée et plus de rejets de gaz à effet de serre. On connaît en
effet aujourd’hui des plantes génétiquement modifiées qui ont un
meilleur rendement de fixation de ces engrais. Quand on sait que 30 %
au moins des engrais épandus ne sont pas fixés par les plantes et
qu’ils contribuent à la pollution des nappes phréatiques et
éventuellement des eaux littorales, on peut peut-être penser que ces
techniques seront, un jour, indispensable à notre agriculture.
Les OGM de 2ème génération seront nécessaires dans le domaine des
dépollutions, de la production d’énergie, mais aussi dans ceux de la
résistance à la sécheresse, de la culture sur des sols salins ou de
l’amélioration des qualités nutritionnelles des aliments. Demain, nous
ne pourrons affronter ces défis, si nous sommes réduits à un rôle de «
nain mondial » dans les bioindustries. C’est ce qui justifie la prise
de position du Parti Socialiste en faveur de la recherche publique, y
compris en plein champ dans certaines conditions rigoureuses. Ce sont
également ces considérations qui nous font dire que l’examen de ce
texte, a minima, aura été une occasion manquée de débattre des
bénéfices et des inconvénients des OGM.
Or, la recherche dans le domaine de la biologie végétale est au point
mort en France. Beaucoup de chercheurs ont quitté notre pays. Les
fauchages volontaires ont démobilisé le monde de la recherche. Par
exemple, la destruction d’un champ de maïs en août 2004 à Marsat dans
le Puy-de-Dôme portait sur la résistance d’une plante à la sécheresse.
Les chercheurs français avaient pris de l’avance. Le brevet a
aujourd’hui été déposé au niveau international, non par la France, mais
par une firme américaine. Le paradoxe de la querelle des OGM est que
précisément, ceux qui refusent leur diffusion s’opposent aussi à toute
recherche, ne permettant pas de vérifier si ceux-ci présentent des
dangers en terme de santé, d’environnement. Il y a donc urgence à
soutenir les universités et les organismes de recherche dans ce
secteur. La toxicologie, par exemple, est une discipline sinistrée. Le
soutien à la recherche publique des expérimentations est indispensable,
y compris en plein champ, et c’est une supercherie de prétendre que
l’on peut mener seulement en serre des expériences agronomiques.
Bernard Chevassus-au-Louis, alors président du Muséum de l’Histoire
Naturelle, nous déclarait, en décembre 2004, « des personnes
intellectuellement honnêtes font preuve d’une certaine incompréhension
; beaucoup ont du mal à admettre, au 21ème siècle qu’il soit encore
nécessaire pour savoir si une plante a un intérêt agronomique de la
planter en plein champ et d’observer son comportement. La vérité est
que les expérimentations en plein champ sont indispensables ». Mais
au-delà de la question des OGM, il n’y a pas de véritable priorité à la
recherche en France et en Europe dans le domaine des sciences de la
vie. La France patine, l’Europe stagne, les crédits de recherche
s’effritent. Dans le même temps, l’effort fait par les Américains, les
Japonais ou les Chinois est sans précédent. Ils risquent demain de
récolter seuls les dividendes des formidables retombées des
biotechnologies dans la pharmacie, dans l’agroalimentaire ou dans les
industries de l’environnement.
Ceux qui réclament des seuils aux limites des techniques de détection
réclament en fait l’interdiction totale des plantes génétiquement
modifiées. Cette position est recevable, comme l’est également, celle
qui prétend que les techniques de transgénèse pourront être un jour
utile dans l’agriculture, pour régler, par exemple, les problèmes
d’environnement que posent les engrais azotés.
Car les seules questions qui se posent réellement sont les suivantes :
Est-ce que le produit fabriqué par une plante génétiquement modifiée
est toxique ? Les plantes génétiquement modifiées ont-elles des
conséquences irréversibles sur l’environnement ? Le développement des
plantes génétiquement modifiées modifient-elles l’agriculture et
favorisent-elles la domination économique de certains grands groupes
internationaux ? Les conséquences pour l’environnement doivent bien sûr
être évaluées et expérimentés avant toute autorisation de mise en
culture.
Si un produit issu d’une plante génétiquement modifiée est nocif pour
la santé, il est évident qu’il faut l’interdire, quel que soit le seuil
; S’il ne l’est pas, il n’y a aucune raison d’interdire la production
si on autorise dans le même temps l’importation de ce produit. Mais
avant de se lancer dans des cultures commerciales, on aurait dû
répondre à ces questions au préalable. On a en quelque sorte mis « la
charrue avant les bœufs ». Le devoir de vérité m’oblige à dire que le
seuil de 0,9 % ne correspondant à aucun niveau de toxicité, en réalité,
c’est un chiffre correspondant à un consensus politique sur
l’étiquetage. Il n’a rien à voir avec la toxicité, comme nous l’avait
indiqué, devant la commission, Bernard Chevassus-Au-Louis « je ne
connais aucun produit dans lequel on tolérerait la présence d’un
composant considéré comme dangereux à hauteur de 0,9% ».
La question des animaux transgéniques est, à mon sens, beaucoup plus
préoccupante que celle des plantes transgéniques, et les Etats-Unis
viennent déjà d’autoriser le développement de ces technologies. Nous
devons également nous poser la question de la culture de plantes
transgéniques produisant des médicaments car il n’est pas anodin de
diffuser ce type de molécules dans la nature.
Un des points du texte de loi nous apparaît disproportionné, car le
Sénat a introduit, à travers ce sujet qui pourrait pourtant apparaître
anodin, un délit nouveau en droit français, « celui d’atteinte aux
cultures OGM », hors du droit commun de l’atteinte aux biens
appartenant à autrui. C’est un véritable droit d’exception qui est
instauré. C’est le droit commun qui doit s’appliquer pour les cultures,
mais aussi pour les délits.
Enfin, la question de la propriété intellectuelle est occultée.
Monsanto a, en 2007, engrangé plus d’un milliard et demi de dollars sur
le produit de ces licences, y compris dans des pays comme l’Afrique du
Sud ou l’Inde où certains paysans vivent dans des conditions
difficiles. La commission que j’ai présidée préconisait de ratifier,
dans les plus brefs délais, la convention internationale pour la
protection des obtentions végétales et de promouvoir le certificat
d’obtention végétale au niveau international, car il limitait les
dérives constatées dans le droit des brevets, concernant l’association
entre un gène et sa fonction.
Nous proposions également de promouvoir, au niveau international, le
principe de licence gratuite à des prix très avantageux pour les petits
agriculteurs des pays en développement, et d’introduire des clauses de
sauvegarde en leur faveur. Pourquoi n’avez-vous pas fait avancer ces
propositions ?
Nous voulons aussi que le citoyen ait le droit de savoir et de choisir.
Pour cela, il faut fixer des règles claires d’information pour le
consommateur. Ce n’est pas en occultant des questions posées par les
écologistes, les chercheurs, les agriculteurs, que vous améliorerez les
capacités de discernement du citoyen sur des sujets complexes. Il faut
organiser un véritable dialogue entre experts, politiques des citoyens.
Vous ne l’avez pas fait sur le thème des OGM lors du Grenelle de
l’Environnement. Vous comprenez que mes propos ne sont pas un
réquisitoire de circonstance, car de nombreux points auraient dû être
tranchés avant l’examen de ce texte. Et nous le regrettons.
Ce texte de loi se caractérise par un flou législatif important. Il
donne l’impression d’encadrer les cultures commerciales, ce qu’il ne
fait pas réellement, ne met pas les garde-fous réglementaires,
notamment parce qu’il n’est pas clair sur la coexistence entre
différents types de cultures, parce qu’il n’a pas défini le statut des
aliments qui contiennent un taux d’apports fortuits d’OGM inférieur à
0,9 %. Nous réclamions une véritable loi fondatrice sur les OGM, au
lieu de cela, vous nous présentez une cote mal taillée où personne ne
se retrouve, car elle ne rassure ni les écologistes, ni les
consommateurs d’un côté, pas plus que les chercheurs ou les
agriculteurs de l’autre. Là où il aurait fallu faire preuve d’audace,
vous avez choisi le trompe l’œil, le compromis et la duplicité. C’est
pourquoi le groupe socialiste pense qu’il faut absolument réexaminer ce
texte en commission.
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